Attentat de la rue des Rosiers : les services secrets français avaient un pacte avec les terroristes

L’attentat contre le restaurant Jo Goldenberg rue des Rosiers à Paris en 1982 a fait 6 morts et 22 blessés. (JACQUES DEMARTHON / AFP)

L’ancien patron du renseignement français a reconnu devant le juge chargé de l’enquête avoir passé un accord avec le groupe terroriste suspecté d’avoir orchestré l’attaque de la rue des Rosiers.

Yves Bonnet, l’ancien patron des renseignements français, a reconnu en janvier dernier devant le juge chargé de l’enquête que ses services avaient passé un accord oral avec des membres du groupe terroriste suspecté d’être derrière l’attentat de la rue des Rosiers, révèle ce vendredi 9 août « le Parisien ».

Le 9 août 1982, il y a trente-sept ans exactement, trois à cinq terroristes armés de pistolets-mitrailleurs pénètrent dans le restaurant Jo Goldenberg, dans le quartier juif du Marais à Paris. Après avoir lancé une grenade, ils tirent en rafale sur la cinquantaine de clients attablés ce jour-là. L’attaque avait fait six morts et 22 blessés. L’attentat choque le monde entier et le restaurant devient le symbole d’un terrorisme antisémite international.

Près de quarante ans plus tard, les auteurs de l’attaque n’ont toujours pas été punis par la justice, car l’enquête a longtemps piétiné.

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Une garantie contre les poursuites

Très tôt pourtant, le groupe terroriste Abou Nidal, mouvance palestinienne armée dissidente de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), est suspecté d’être à l’origine de l’attaque. Malgré ces suspicions, l’ancien patron de la Direction de la Surveillance du Territoire (DST) accepte d’organiser une rencontre clandestine avec des membres du groupe.

Un pacte est scellé ce jour-là, se rappelle l’ancien chef des renseignements : des membres du groupe, qui ne seraient pas les auteurs de l’attaque, sont autorisés à « venir en France, sans risque » d’être poursuivis s’ils acceptent de ne commettre aucun attentat sur le sol français. Les membres d’Abou Nidal auraient même été autorisés à rendre visite en prison aux auteurs du meurtre d’un représentant de l’OLP à Paris.

Lors de son audition devant le juge en janvier dernier, toujours selon « le Parisien », Yves Bonnet se serait satisfait des résultats de cet accord, qui aurait selon lui empêcher d’autres attentats dans l’Hexagone jusqu’en 1985.

« Une affaire d’Etat »

Du côté des victimes et de leurs familles, cette négociation choque. Pour l’avocat des parties civiles, Me Avi Bitton, il pourrait s’agir d’« une affaire d’Etat ». Dans les colonnes du « Parisien » l’avocat s’interroge :« Il faut qu’une enquête parlementaire soit créée et pas uniquement sur le dossier de la rue des Rosiers. De tels pactes ont-ils été noués avec d’autres organisations ? »

En 2015, plusieurs suspects ont été identifiés. Ils vivent en Jordanie, dans les territoires palestiniens ou en Norvège et restent sous le coup d’un mandat d’arrêt international, mais la justice française se heurte pour le moment à des problèmes d’extradition.

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