Autriche : la droite et l’extrême droite annoncent avoir conclu un accord de coalition

Le leader du Parti populaire autrichien (ÖVP) Sebastian Kurz, à droite, sert la main du président du Parti de la liberté autrichien (FPÖ) Heinz-Christian Strache, à gauche, à Vienne le 15 décembre.

Le leader du Parti populaire autrichien (ÖVP) Sebastian Kurz, à droite, sert la main du président du Parti de la liberté autrichien (FPÖ) Heinz-Christian Strache, à gauche, à Vienne le 15 décembre.

L’accord conclu vendredi entre le Parti de la liberté d’Autriche et le conservateur Sebastian Kurz ouvre à ce dernier les portes de la chancellerie.

Le conservateur Sebastian Kurz et le Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ) ont scellé vendredi leur accord de coalition, ouvrant les portes de la chancellerie au jeune dirigeant chrétien-démocrate et parachevant une année de succès pour l’extrême droite en Europe. «Nous sommes parvenus à un accord de gouvernement pour les cinq prochaines années afin d’apporter le changement promis», a annoncé au terme d’une dernière journée de négociations M. Kurz, qui doit devenir à 31 ans le plus jeune dirigeant au monde. L’investiture du nouveau gouvernement par le président de la République Alexander Van der Bellen est prévue pour lundi, après ratification officielle du pacte de coalition par les deux partis samedi.

Cette alliance vient couronner une année faste pour l’extrême droite en Europe, qui a également réalisé une forte progression aux Pays-Bas, en France et en Allemagne, sans toutefois parvenir à s’y hisser au pouvoir. En abordant l’année 2018 avec un gouvernement stable, l’Autriche prend de vitesse l’Allemagne, dont la chancelière Angela Merkel peine toujours à trouver un partenaire de coalition dans un paysage politique bouleversé par l’arrivée en force des populistes de l’AfD au Bundestag, la chambre basse du parlement. Vainqueur des élections législatives du 15 octobre, Sebastian Kurz avait engagé neuf jours plus tard des pourparlers exclusifs avec le patron du FPÖ, Heinz-Christian Strache.

«Rapprochement idéologique»

Les deux partis, qui avaient déjà refermé la quasi-totalité des chapitres de leurs négociations, notamment sur la sécurité, l’économie et l’immigration, devaient encore s’entendre vendredi sur la «démocratie directe», une promesse de campagne du FPÖ contestée par les conservateurs. Le succès de ces négociations était largement prévu. Chef de la diplomatie autrichienne depuis 2013, Sebastian Kurz se flatte d’être un des principaux artisans de la fermeture aux migrants de la route des Balkans en 2016 et s’était rapproché pendant sa campagne électorale des thématiques du FPÖ, notamment sur l’immigration.

«Kurz est allé très loin dans son rapprochement idéologique avec le FPÖ, une stratégie qui peut marcher à condition qu’il ne brade pas complètement l’identité de son parti», estime le politologue autrichien Thomas Hofer. En 2000, l’entrée du FPÖ au gouvernement avait provoqué des sanctions européennes, un scénario jugé cependant très improbable aujourd’hui, dans un contexte général de montée des partis populistes et antimigrants, tandis que Heinz-Christian Strache, 48 ans, a veillé à lisser l’image de sa formation.

Sebastian Kurz, qui a pris au printemps la tête du Parti chrétien-démocrate qu’il a refaçonné à son profit, avait provoqué les législatives anticipées du 15 octobre en mettant fin à la grande coalition que les conservateurs ont formée ces dix dernières années avec le parti social-démocrate du chancelier sortant Christian Kern. Les conservateurs ont remporté le scrutin avec 31,5% des voix, devant le sociaux-démocrates (26,9%) et le FPÖ (26%).

Selon des indiscrétions concordantes, le FPÖ doit décrocher plusieurs ministères régaliens dont l’Intérieur et les Affaires étrangères, deux portefeuilles qui lui avaient échappé au cours de sa précédente expérience gouvernementale. Autre concession faite au FPÖ, Sebastian Kurz, malgré ses réticences, a accepté que l’Autriche renonce à faire appliquer une interdiction totale du tabac dans les bars et les restaurants qui devait entrer en vigueur en mai prochain et dont Heinz-Christian Strache exigeait l’annulation. Strache a estimé que l’accord de gouvernement intégrait «bien plus de 50% de positions FPÖ».

«Tolérance zéro»

La perspective d’un retour au pouvoir de ce parti fondé par d’anciens nazis a suscité l’inquiétude d’organisations civiques et de la Communauté israélite (IKG) d’Autriche, laquelle a mis en garde contre une entrée du «loup nationaliste» au gouvernement. Sebastian Kurz a toutefois assuré qu’une «tolérance zéro» envers l’antisémitisme était une«condition préalable claire» à une entrée dans son gouvernement. Il s’est par ailleurs porté garant du fait que son gouvernement conservera «une forte orientation européenne», malgré le scepticisme traditionnellement affiché par le FPÖ dans ce domaine.

Artisan d’une alliance du FPÖ avec le parti Russie unie de Vladimir Poutine, Heinz-Christian Strache est par ailleurs favorable à un rapprochement entre l’Autriche et le groupe de Visegrad, qui comprend des pays ouvertement eurosceptiques comme la Pologne et la Hongrie. Mi-novembre, quelque 5 000 personnes portant des bougies avaient constitué un cordon lumineux autour du quartier des ministères de Vienne pour mettre en garde contre une éventuelle arrivée d’«extrémistes de droite» à des postes gouvernementaux. De nouvelles manifestations sont programmées pour lundi, jour prévu pour l’investiture du nouveau gouvernement. Christian Kern a confié vendredi «comprendre» les organisateurs de ces rassemblements.

 

source:libération.fr

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