Le congrès des spécialistes du foie l’a bien rappelé il y a quelques jours. Une épidémie d’une maladie silencieuse du foie toucherait jusqu’à 10% des français : c’est la NASH, que l’on appelait autrefois la cirrhose graisseuse, en opposition avec celle d’origine alcoolique. Avec les mêmes symptômes et le même pronostic : mauvais si rien n’est fait. Pourtant, elle est réversible.

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On l’a appelée maladie du soda, maladie du foie gras, maladie de la « malbouffe ». Elle a obtenu ses lettres de noblesse et la découverte, par des millions de français, de ce nom, NASH, lorsque Pierre Ménes, le chroniqueur sportif, a très largement raconté son calvaire. Une descente infernale de sa vitalité, jusqu’à la greffe de foie qui lui a sauvé la vie, l’année dernière.

NASH , cela signifie en jargon médical et en anglais, « cirrhose non alcoolique ». Pour bien en fixer l’origine, car c’est la consommation excessive de graisse et surtout de sucre qui est en cause. La nouvelle sanction de l’obésité, dont souffre, paraît-il un Français sur trois.

La NASH est une maladie silencieuse, sans symptôme, qui dégrade insidieusement le foie. Cette forme d’hépatite, en l’absence de virus et de tout alcoolisme, liée uniquement à l’alimentation, entraîne cirrhose et cancer du foie, avec pour seule issue la greffe puisqu’il n’existe pour l’heure aucun médicament.

« Il était un foie » qui ne faisait jamais parler de lui.

Celui que les médecins surnomment le « prince de l’organisme » est capable d’encaisser les pires tourments. Schématiquement, on peut dire qu’un foie détruit à 80 %, continue à assurer la presque totalité de sa besogne. Mais, malade à 81 %, c’est tout le corps qui meurt.

Ce travailleur de l’ombre possède une autre propriété étonnante : il est capable de se régénérer. Greffez un demi foie et, quelques mois plus tard, c’est sur un foie entier que l’on peut compter. Et c’est plutôt une bonne nouvelle dans un pays où précisément on ne ménage pas son foie. Car le rôle de cet organe le plus volumineux de notre corps à défaut d’être le plus lourd, est une véritable usine chimique qui garantit le fonctionnement de tous les autres organes. D’où le verdict de mort lorsqu’il ne fonctionne plus.

Qui dit « usine » dit d’abord traitement des déchets et, en particulier, des toxiques.  C’est pourquoi en cas d’intoxication médicamenteuse ou alimentaire, c’est d’abord le foie qui « trinque ». Par exemple la mort, lorsque l’on consomme des champignons vénéneux, survient par une destruction brutale et massive du foie. C’est d’ailleurs une indication absolue de la greffe hépatique en urgence, qui fait passer ces malades devant tous les futurs greffés en attente.

A propos de trinquer, le principal ennemi  du foie a longtemps été l’alcool.

L’alcool, comme toxique du foie, a été rejoint et dépassé sur le podium par le sucre et la graisse. Parce que le foie est également un haut lieu de stockage… d’éléments essentiels comme le sucre, le fer ou les sels minéraux et de production de produits comme le cholestérol.

Le stockage dans le foie… c’est à l’extrême ce que l’on appelle, chez le canard ou l’oie, le foie gras, ou stéatose qui n’est rien d’autre qu’une espèce de foie surchargé en graisse provoquée artificiellement chez l’animal par gavage. Chez l’homme, une alimentation excessive et trop riche en graisse, mais parfois simplement en sucre (la maladie du soda), provoque tout d’abord cette fameuse surcharge en graisse du foie, la stéatose, qui en persistant va s’enflammer et devenir un peu fibreuse, la NASH, puis si la fibrose se poursuit et s’organise, tout cela va aboutir à la cirrhose. La stéatose et la NASH son réversibles, pas la cirrhose.

La jaunisse n’est pas toujours là

La tradition associe maladie du foie et jaunisse. Et c’est vrai en cas de maladie sur les voies excrétrices du foie. L’explication est simple. Notre sang, comme tout le reste du corps, vieillit. Les globules rouges ne sont pas éternels et c’est le foie qui doit nous en débarrasser. Ceci se fait par l’intermédiaire de la bile. Si l’épuration se fait mal ou qe les voies biliaires sont obstruées, le niveau de ces substances de dégradation contenu dans notre sang, augmente ce qui colore notre peau en jaune.

Mais, heureusement, la nature reprend presque toujours le dessus. Et bon an, mal an, ce sont deux litres de bile que nous sécrétons chaque jour pour qu’à chaque repas notre digestion, en particulier celle des graisses, soit harmonieuse. En pratique, il n’y a donc pas de jaunisse au cours de la stéatose ou de la NASH, et elle n’apparaît que dans les cirrhses très évoluées. La NASH est donc vraiment silencieuse !

Préserver son foie c’est moins de sucre et un peu de marche

Alors, même si notre foie est presque éternel, ce n’est pas une raison pour ne pas le respecter et au même titre que l’on protège son cœur, que l’on réchauffe ses articulations ou que l’on exerce sa mémoire, se mettre au régime ce n’est pas seulement pour améliorer sa ligne mais pour laisser un petit peu souffler le « petit prince ». Il faut perdre de la graisse dans le ventre et, pour cela, il faut réduire sa consommation de sucre et faire un peu d’exercice physique.

Depuis plusieurs années, à l’insu du grand public, les médecins et les autorités de santé des pays occidentaux n’hésitent pas à qualifier la NASH de « fléau du siècle ». Une épidémie d’autant plus préoccupante qu’elle se propage discrètement par le contenu de nos assiettes.

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