Gilets jaunes, de Bordeaux à Paris : pour l’acte XX, des mobilisations malgré les interdictions

ARCHIVES GUILLAUME BONNAUD

Samedi, de Bordeaux à Avignon, en passant par Paris, Marseille ou Nice, les gilets jaunes n’ont pas l’intention de baisser la garde face aux interdictions, pour l’acte XX du mouvement. 

Les gilets jaunes ont appelé à rester mobilisés samedi pour leur vingtième journée d’action contre le pouvoir, tandis que les autorités ont de nouveau interdit toute manifestation sur les Champs-Elysées et dans plusieurs villes, en craignant la présence de « groupes violents ».

Bordeaux « ville morte », Eric Drouet en visite ?

Bordeaux, devenue au fil des semaines l’un des bastions du mouvement social, apparaît comme un point de convergence dans le sud-ouest, avec notamment un appel aux gilets jaunes de Toulouse à se joindre aux manifestations. La préfecture de la Gironde redoute la présence de « certains groupes, violents et très déterminés », malgré l’interdiction de manifester dans de nombreuses rues et places du centre ville.

Le maire Nicolas Florian n’a pas caché vendredi son inquiétude et a décrété Bordeaux « ville morte » samedi, en demandant aux habitants de « rester chez eux » et aux commerces de « baisser leur rideau ». « Je suis très inquiet de ce qui pourrait se passer. On nous annonce des centaines de casseurs, de gens qui sont là pour en découdre », a-t-il dit.

Dans une vidéo diffusée jeudi soir sur les réseaux sociaux, l’une des figures des gilets jaunes, Eric Drouet, a indiqué qu’il serait « sûrement » dans la capitale girondine. « Samedi tous à Bordeaux ? Pour ceux qui peuvent oui », a-t-il lancé. Ce chauffeur routier de Seine-et-Marne a été condamné vendredi à 2 000 euros d’amende, dont 500 avec sursis, pour l’ »organisation » de deux manifestations parisiennes « sans déclaration préalable ».

Avignon, rendez-vous national ?

A Avignon, un appel national à manifester a été lancé sur les réseaux sociaux.
Citant « la présence prévisible de personnes appartenant à des groupes activistes violents », la préfecture du Vaucluse a interdit tout rassemblement ou manifestation du mouvement de 9 heures à minuit, « intra-muros » et sur plusieurs axes périphériques.

Les gilets jaunes ont néanmoins donné rendez-vous à midi au Palais des Papes, lieu symbolique chargé d’histoire, arguant qu’ »il n’est pas interdit de se promener ».

Ailleurs en France

A Paris, de crainte de nouvelles scènes de violences et de saccages, les manifestations ont de nouveau été interdites sur les Champs-Elysées et la place de l’Etoile, ainsi que dans un vaste périmètre comprenant l’Elysée et l’Assemblée nationale. Mais des appels à se rassembler place du Châtelet ou Gare de l’Est en fin de matinée pour rallier la place du Trocadéro, circulent sur internet.

Saint-Etienne, Epinal et Rouen, les préfectures ont également interdit les manifestations pour prévenir violences et pillages. Des manifestations ont été annoncées à Marseille, Rennes, Caen, Rouen, Montbéliard (Doubs), Strasbourg ou encore Nice

Attac a par ailleurs appelé les gilets jaunes à brandir des drapeaux arc-en-ciel, en soutien à la porte-parole de l’association altermondialiste Geneviève Legay, 73 ans, qui a violemment chuté dans une charge des forces de l’ordre en manifestant dans un périmètre interdit à Nice. 

Des usines d’armement visées ? Quelle mobilisation ?

Après le fiasco du 16 mars marqué par le saccage des Champs-Elysées, l’exécutif est décidé à maintenir sa ligne de fermeté, sans évoquer cette fois l’appui des militaires de Sentinelle au dispositif, qui avait suscité couacs et polémiques.Des appels à bloquer certaines usines d’armement ou qui fournissent des « produits de maintien de l’ordre » ont été lancés. 

Parmi les cibles notamment, la « Poudrerie » à Pont-de-Buis, dans le Finistère, un site classé Seveso (installation présentant des risques industriels majeurs devant respecter des exigences de sûreté), ou l’usine d’armement Alsetex dans la Sarthe. Dans la Loire, l’usine Verney-Carron, où étaient conçus -ce n’est plus le cas- les flash-balls est également dans le viseur de certains gilets jaunes.  

« J’ai bien compris le message » et « j’ai envie de répondre » à ceux qui « ne sont pas violents », a déclaré jeudi Emmanuel Macron devant des enfants d’une école à Beaupréau-en-Mauges. Les casseurs, « ce sont les gilets jaunes que je n’aime pas », a-t-il ajouté, souhaitant que les manifestations se terminent au plus vite.

Environ 40 500 personnes, dont 5 000 à Paris, avaient manifesté samedi dernier. Au plus fort du mouvement, lors de la première journée de mobilisation le 17 novembre, les gilets jaunes avaient été 282 000 à manifester, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur que contestent les manifestants qui ont instauré leur propre « nombre jaune ». 

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